INTERVIEW : Les Amériques à vélo avec Alaska-Patagonie

INTERVIEW : Les Amériques à vélo avec Alaska-Patagonie

Depuis qu’on les a découvert dans un podcast de cyclotourisme, on suit les aventures de Sophie et Jeremy ! On est donc ravis de les interviewer aujourd’hui et d’en apprendre plus sur le voyage à vélo incroyable qu’ils ont réalisé de Juin 2017 à Septembre 2019 : rallier la Patagonie depuis l’Alaska à vélo pendant plus de deux ans !

Les aventuriers

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Nous sommes Sophie et Jérémy un couple de trentenaires, aventuriers et amoureux de la géographie. Je suis (Sophie) journaliste réalisatrice de reportages et documentaires pour la télévision française depuis maintenant 10 ans. J’ai parcouru le monde pour les besoins de mes productions qui ont été diffusées sur les plus grandes chaînes françaises. Jérémy lui est plutôt un « multi-tool ». Il a été soigneur de chiens de traineaux au Canada, directeur de magasin de ski ou d’une grande marque de l’Outdoor, mais aussi charpentier, cuisinier et j’en passe. Bref c’est impressionnant comme il sait tout -très bien- faire !

© Alaska-Patagonie

Est-ce que ce périple est votre premier voyage à vélo ?

Alors pour Jérémy non, il avait déjà traversé la France à vélo pendant quelques jours et traversé la Nouvelle Zélande pendant trois mois. Pour ma part, c’était mon tout premier voyage vélo ! 

Le projet : Alaska-Patagonie à vélo

Comment avez vous défini votre itinéraire vélo entre l’Alaska et la Patagonie ? Et au jour le jour ?

Nous avions un point de départ et un point d’arrivée seulement. Entre les deux, tout était flou, notre seule volonté était de coller aux montagnes et à la zone de partage des eaux. Impossible de se projeter sur 28000km, c’est en dehors de toute échelle, alors nous faisions notre itinéraire à la semaine. Cela nous donnait beaucoup de liberté sur les choix et donc peu de déception ! À ne rien prévoir, on ne peut qu’être surpris par ce que l’on va découvrir.

Quel est a été votre budget pour ce long voyage à vélo de 2 ans ? Avez-vous défini un budget journalier ?

On était à 8 euros par jour par personne, sur un budget global de 30 000 euros pour deux pour deux ans, tout compris (achat des vélos, billets d’avions etc). Dodo en tente à 80% du temps, repas cuisinés par nos soins et peu d’extras 🙂

C’était serré, surtout avec les aléas de la route, mais ça l’a fait ! Dans certains pays, nous avons même divisé par deux les dépenses comme en Bolivie. Sur la route nous avons donné quelques conférences privées à droite à gauche, ce qui nous a permis de mettre de temps en temps du beurre dans les épianrds 🙂 ! 

Avez-vous eu des partenaires ? Des conseils ?

Nous avons eu un certain nombre de sponsors mais avons été très pointilleux sur ce que l’on souhaitait obtenir de potentiels partenaires. Nous avons souhaité faire notre vélo à la carte, donc pas de partenaire vélo, mais avons eu par exemple des duvets, matelas, vêtements, chaussures, filtres à eau, couteaux multi-usages, sacs, etc. 

Le principal conseil que je donnerai serait de se mettre dans la peau de la marque / magasin et de voir en quoi on peut les aider. Par exemple, nous avons créé un partenariat avec un magasin de vélo dans Paris, Cycles Sport Urbain, ils nous ont beaucoup aidé et supporté à la hauteur de leurs moyens et essayons de leur rendre la pareille en leur envoyant plein de cyclos voyageurs ! 😉 Il faut être capable de proposer aux marques des retombées médiatiques, du contenu de qualité, et monter tout un dossier assez complet pour tenter de les appâter ! 

Nous avons eu également Columbia, Sea to Summit, Lifestraw, Osprey, Merrell, Leatherman, Julbo, Chapka Assurances… Des alliés dans cette grande aventure que nous avons souvent sollicitée ! 

L’accident

Tu as eu un accident de vélo en Alaska dès le début du voyage Sophie, avez vous envisagé d’annuler le voyage à ce moment là ?

Nous avons vécu de nombreuses épreuves difficiles sur le chemin. De nombreuses raisons d’arrêter, de baisser les bras, de faire du stop et monter dans un bus mais on ne l’a jamais fait et c’est en partie “grâce” ou “à cause” du premier accident en Alaska. Pendant une semaine à la suite de mon accident, j’avais le cerveau embrouillé, traumatisme crânien oblige.

Revenir sur les lieux de l’accident a été une thérapie en soi.

Pourtant, il était clair dans mon esprit que le voyage n’allait pas s’arrêter là. On venait à peine de commencer, on ne pouvait pas baisser les bras face à la première grande difficulté. Jérémy a attendu et ne m’a pas du tout demandé ce qu’il en était, il attendait que cela vienne de moi. Je lui ai alors dit que lorsque mon épaule serait remise, nous pourrions repartir des lieux de l’accident pour tirer un trait et combler ce gap non pédalé ! 

© Alaska-Patagonie

Revenir sur les lieux de l’accident a été une thérapie en soi. Je mettais des images sur une journée que mon cerveau avait effacé, j’acceptais la chute, et avec Jérémy, nous nous sommes renforcés à tel point que jamais l’idée d’abandonner le voyage n’effleure nos pensées. 

Comment trouver le courage de repartir ?

Quand on croit très fortement à son projet, on ne peut pas baisser les bras, parce que c’est notre rêve et qu’il faut se jeter corps et âme dans cette quête pour le réaliser.

Les embûches, les difficultés, on en aura toute notre vie dans n’importe quelle aventure que l’on entreprendra. Il faut juste prendre son temps, écouter son corps, écouter l’autre et avancer, toujours. On a choisi de faire face aux difficultés, de les accepter et de relever en couple les plus grands défis de notre vie sans doute. On peut parler de résilience, clairement. La difficulté fait partie du chemin, la douleur aussi. Ushuaia ça se mérite ! (rires)

© Alaska-Patagonie

Le voyage à vélo

Quel pays d’Amérique du Nord avez-vous préféré à vélo ?

Impossible de répondre à cette question ! Ils sont tous différents, tous magiques pour des raisons différentes. On raisonne plutôt en termes de zones géographiques plus qu’en pays. 

La toundra et la taïga t’enivre pour les lumières, l’atmosphère unique, le sauvage… S’approcher du tropique du cancer (du Mexique), c’est apprécier les effets de la chaleur sur soi et sur son environnement. Ce sont d’autres lumières, d’autres courbures, c’est tout le temps de la poésie. Mais s’il faut choisir un critère, je dirai que niveau nourriture en Amérique du Nord, c’est le Mexique qui gagne haut la main 😉 

L’Amérique du sud attire de nombreux cyclotouristes, avez-vous fait un bout de chemin avec d’autres voyageurs ?

Alors pour être franche, en Amérique du Nord nous avons roulé avec quelques cyclistes, en Amérique du Sud nous les croisions seulement ! Nous fonçions vers l’hiver de la Patagonie quand eux préféraient l’éviter et remontaient vers le nord. Nous avons roulé avec une poignée de copains de route, mais je ne m’en souviens que de 3 ! Tous les autres rencontrés le temps d’un bivouac, d’un goûter ou d’une discussion philosophique de bord de route n’étaient que des rencontres brèves, mais chaleureuses, toujours !

Comment s’est passée la traversée de l’amérique centrale à vélo ? Elle est réputée pour être dangereuse parfois pour les voyageurs !

Elle a été compliquée pour plusieurs raisons. Nous entrions en pleine saison des pluies, décalage dû à mon accident en Alaska. Donc les bivouacs devaient être bien choisis pour ne pas se mettre en danger inutilement. Au Guatemala, nous avons vécu une terrible éruption volcanique du El Fuego qui a tué plus de 400 personnes, moralement ce fut très dur. Ensuite, nous avons traversé le Nicaragua en pleine insurrection populaire, des morts tous les jours y compris des enfants, c’était la guerre. Pour le reste des pays d’Amérique centrale, nous n’avons eu aucun souci, il suffit d’écouter les locaux, rester sobre, modeste et avancer sans trop parler de soi. A aucun moment nous n’avons été en difficulté ou en danger, même au Nicaragua. La population, très solidaire, est toujours de très bon conseil. 

© Alaska-Patagonie

Quelles températures max/min avez-vous affrontées ? Comment gérer ces plages de température ?

Minimum -20°C à priori mais notre thermomètre ne fonctionnait plus, c’était dans les Rocheuses canadiennes. 

Maximum + 52°C au Mexique, dans l’état du Nayarit. J’ai eu ma plus belle insolation de ma vie à ce moment-là. 2 jours à aller sous la douche toutes les 10min pour me réhydrater. Heureusement que Jérémy, le colosse, était là pour prendre soin de moi ! 

Avec Jérémy on préfère le froid au chaud, il est plus facile de se réchauffer ! Nous avons vraiment eu de la peine à gérer notre effort par grande chaleurs. Au Mexique, nous avons choisi de pédaler de 6h du matin à 9h seulement, puis de 17h à 19h. Impossible entre les deux. Notre astuce, acheter des cocos sur le bord de la route et boire toute l’eau de coco, très rafraichissante et hydratante. La chair également gorgée d’eau nous hydratait bien. Quand cela était nécessaire, nous ajoutions à nos gourdes des solutions salées pleines de minéraux pour rester hydratés.

Et par grand froid, rien de mieux que de faire un feu matin, midi et soir pour se réchauffer et faire dégeler les câbles de freins ! 

© Alaska-Patagonie

La plus belle rencontre humaine du périple ?

Certaines rencontres marquent plus que d’autres. S’il ne faut en citer qu’une seule, alors ce serait Kathleen. Une native Athabasca d’Alaska qui nous a initié aux légendes de son peuple et nous a offert un toit quand notre monde s’écroulait. Elle nous a permis de guérir et de repartir emplis d’une force sans nom. Nous avons été également là pour elle dans un moment difficile de sa vie, nous avons pris soin les uns des autres. Kathleen nous a donné une certaine paire de lunettes pour voir les Amériques. Une paire de lunette “native”, qui nous a guidé et permis de voir beaucoup plus que ce que l’on pensait. 

Difficile de résumer des centaines, voire des milliers de visages, de sourires et de regards…  Toutes ces rencontres ont été marquantes, inspirantes. L’une des plus belles leçons de cette expédition vient de tous ces américains : Face aux difficultés, à une nature capricieuse, il y a un seul endroit où il fait toujours bon vivre : c’est dans notre cœur !

C’est là que réside notre plus belle force. Nous nous sommes inspirés de ces femmes et de ces hommes pour toujours garder le cap !

Le retour

Le tour de France à vélo des écoles partenaires : Pouvez-vous nous en dire plus ?

Reportage france 3 parle mieux que nous de ça :

Comment gérer son retour à la vie de sédentaire ?

Ca c’est une question qui mérite du recul, je pense que nous n’en avons pas encore suffisamment. Cela fait “tout juste” un an que nous sommes rentrés et retrouvons à peine de la stabilité. C’est évidemment la question que tout le monde pose et se pose. Je pense que la mélancolie fait partie du retour, il faut l’accepter et l’embrasser même. Et puis, avancer, comme à vélo, toujours, garder la tête haute et viser loin. 

Pour notre part, l’écriture du documentaire, celle d’un livre sont autant de solutions que l’on a trouvé pour ne pas se perdre et continuer notre route ! 🙂 La fenêtre est toujours ouverte quand c’est l’heure d’aller dormir, les bivouacs revigorent et les moments passés en pleine nature nous rappellent ce pourquoi nous sommes partis: vivre avec simplicité et s’émerveiller de peu ! 

Vous avez réalisé un documentaire avec les images, des conseils pour ceux qui veulent se lancer ? On est pressés de le voir !!

Les meilleurs conseils que je pourrai donner seraient de croire en ses rêves, rester soi-même, sincère et de faire ce qui donne du sens pour vous, dans le respect des autres et de la nature. Enfin, ne jamais oublier qu’avant de filmer, il faut d’abord vivre l’expérience !

Bon vent à vous !

Aller plus loin…

Tout d’abord un grand grand merci à Sophie et Jeremy d’avoir pris le temps de nous répondre, on s’est régalés avec cette interview ! Si vous voulez découvrir le projet dans son ensemble, vous pouvez les retrouver sur :

Sophie étant également photographe, n’hésitez pas à jeter un oeil à son travail sur sa boutique en ligne si vous voulez offrir un cadeau sympa à quelqu’un (ou à vous-même :D) !



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