Voyage à vélo et zéro déchet : Interview

Voyage à vélo et zéro déchet : Interview

Nicolas fait partie de cette génération désabusée par son métier : ingénieur informatique avec un bon salaire, il va décider de tout quitter pour faire un travail qui a impact positif pour la planète. Passionné de vélo, de cyclotourisme et de zéro déchet, découvrez son aventure pour remettre du sens dans sa vie.

Bonjour Nicolas, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour et merci pour cet entretien.

Je viens du monde de l’informatique et plus particulièrement dans le secteur des banques et assurances. Ce n’est pas forcément le secteur qui me faisait rêver mais j’y suis arrivé en suivant la voie que l’on avait tracé pour moi.

Mais après un déclic survenu lors d’une participation à un festival autour de la question du zéro déchet, j’ai commencé à vouloir changer de vie. Une fois ma passion pour le vélo et le voyage à vélo découverte, ce n’était plus qu’une question de temps pour débuter ma transition.

Me voilà à 32 ans en plein dedans avec le lancement de mon projet : Les routes de la transition. Initié pour promouvoir le voyage à vélo, le mode de vie zéro déchet et aider ceux qui le souhaitent dans leur transition professionnelle.

Quels ont été tes voyages à vélo jusqu’à présent ?

Depuis juin 2019 et mon premier voyage entre Nantes et Toulouse par les eurovélos (Vélodyssée et Canal des deux mers), je voyage maintenant de préférence sur le réseau secondaire, plus propice aux rencontres.

J’ai depuis fait un trajet entre Guingamp et Nantes et me lance actuellement à la découverte de la Bretagne. Je pense prochainement préparer un voyage à vélo en Europe de l’ouest en commençant par la Belgique et l’Allemagne qui m’attirent beaucoup.

Le zéro déchet fait partie de ton quotidien, pour quelles raisons ? 

C’est un documentaire sur l’élevage intensif de saumons en Norvège qui m’a en premier questionné sur mes habitudes alimentaires. Etant sur Paris à l’époque, je mangeais beaucoup de sushis dont le saumon provient avec une quasi certitude d’exploitations similaires. J’ai donc commencé à m’approvisionner en magasins bio et j’ai alors découvert le système du vrac.

C’est comme cela que tout a commencé et je me suis retrouvé dans le monde du zéro déchet sans finalement le savoir.

C’est plus tard, en participant à un festival zéro déchet organisé par le réseau Zero Waste France, que j’ai accéléré ma transition et pris une part plus active dans le mouvement en devenant membre de l’association Zero Waste Nantes une fois sur place.

Comment arriver à mêler zéro déchet et voyage à vélo ?

De mon point de vue, la démarche zéro déchet en voyage à vélo ou à la maison est similaire. En effet, j’ai appliqué tout ce que je faisais déjà dans mon quotidien pour préparer mon premier voyage. Et cela s’est fait sur deux points très importants et différents :

Acheter son materiel de cyclotourisme et son vélo d’occasion

En amont du voyage en pratiquant l’achat d’occasion (équipement du vélo, sacoches, équipement du cyclotourisme, …). En effet, l’achat d’occasion permet, en plus de réduire la facture, de supprimer toutes les dépenses énergétiques, de transport ainsi que la génération de déchets liées à la production d’un objet neuf. J’ai par exemple trouvé l’intégralité de mon équipement sur deux sites : leboncoin et troc-velo.com (on peut aussi retrouver des articles vélos sur ebay ou marketplace de Facebook).

Une alimentation zéro déchet pendant son voyage à vélo

Pendant le voyage avec notamment l’aspect alimentation qui est très important et potentiellement générateur de nombreux déchets. Comment faire ? Cuisiner le plus possible est une solution. Plus l’on cuisine et moins on a de déchets liés au suremballage des plats préparés par exemple. Ensuite, l’achat des aliments en vrac, que ce soit en épicerie ou au marché doit être notre source d’approvisionnement privilégiée : vous réduisez vos déchets et vous savez où va votre argent, quoi de mieux ?

Cuisiner zéro déchet en voyage à vélo

Je vais présenter ici des techniques plutôt que des recettes car il me semble plus intéressant de laisser libre court à son imagination afin de créer de nouvelles recettes parfaitement à notre goût.

Dans un esprit de réduction du gaspillage mais aussi de gestion de l’eau en bivouac par exemple, voici une technique intéressante de cuisson des féculents et légumineuses : utiliser l’exact volume d’eau nécessaire à la cuisson. On évite de la sorte de devoir égoutter et donc perdre de l’eau et on obtient ainsi une cuisson parfaitement à notre goût. Voici quelques ordres d’idées pour les féculents : riz, 1 dose de riz pour 2 doses d’eau, pâtes, 1 dose de pâtes pour 1 dose d’eau, lentilles corail (cuisson rapide), 1 dose de lentilles pour 1 dose d’eau, …

Faites alors revenir vos légumes assaisonnés dans la popote et une fois que la cuisson vous convient, ajoutez féculents et légumineuses ainsi que leur doses d’eau respectives. Une fois qu’il n’y a plus d’eau : c’est prêt !

Vous pouvez également tenter la cuisine crue : fruits, légumes, graines germées … profitez des bienfaits des nutriments à l’état pur sans avoir à dépenser d’énergie pour les cuire !

Enfin, laissez libre court à vos expérimentations et tentez la cuisson de galettes à base de différentes farines (sarrasin bien sûr mais aussi pois chiche, lentilles, …). En voyage on ne mange pas que des pâtes !

Dernière astuce cuisine : tentez toutes ces idées tranquillement à la maison où le confort et le droit à l’erreur vous rendront l’expérience plus facile.

Comment trouver des magasins de vrac ?

Un site que j’apprécie particulièrement pour mon approvisionnement en France : cartovrac.fr. J’y fais systématiquement une recherche lorsque je planifie un itinéraire. Le réseau vrac étant suffisamment développé, vous trouverez toujours une adresse à moins de 3 jours de vélo (ce qui est à peu près la durée de mon stock de base).

Je cherche actuellement des équivalences en Europe et dans le monde, je vous tiendrai au courant de mes recherches !

Tu t’es reconverti en mécanicien cycle, peux-tu nous en dire plus ?

La formation mécanicien cycle

Mécanicien cycle fait en effet partie d’une des activités que je veux développer avec une particularité : faire vivre ou revivre des vélos d’occasions à partir de pièces majoritairement trouvées sur des sites de vente de seconde main mais aussi achetées auprès d’ateliers spécialisés dans la vente de pièces “NOS” (new old stock : neuve d’anciens stock). De la sorte on obtient de véritables vélos écologiques et fabriqués en France !

Le changement de vie a surtout été pour moi dans l’objectif de vivre mieux. Gagner moins d’argent n’est finalement qu’une conséquence de ce choix.

M’étant d’abord auto formé sur mes vélos, j’ai maintenant réalisé quelques commandes pour des amis. Afin de parfaire mes compétences et obtenir un diplôme rassurant, je vais passer une formation “CQP Technicien cycle” à Quimper en septembre et octobre prochain. Je serai ainsi prêt pour réellement développer cette activité.

L’ouverture de l’atelier de réparation de vélo

Côté atelier, j’ai pu acheter un ancien conteneur maritime, symbole de la mondialisation et des achats neufs, pour en faire mon atelier dédié à la seconde vie et la remise en état des vélos.

Cet atelier sera également l’occasion pour moi de donner des formations mécaniques ou zéro déchet. Par exemple les bases pour partir l’esprit tranquille.

Comment annoncer sa reconversion à ses proches ?

En fait cela s’est fait tout naturellement pour moi car je suis parti du principe que mes proches sont la pour me soutenir. Je n’ai d’ailleurs pas ressenti d’inquiétude de leur part. Des questionnements oui bien sûr mais qui me semblaient plutôt relever de la curiosité que de l’inquiétude.

Néanmoins, il peut arriver que certains de vos proches soient plus inquiets que d’autres sur les aspects matériels notamment : tu quittes ton CDI ? Quels seront tes revenus ? Et si ça ne marche pas ?

Ne laissez pas ces questions vous empêcher de réaliser votre rêve ou de tenter une nouvelle aventure. Je suis absolument persuadé que votre bonheur d’être sur le chemin que vous avez choisi suffira à rendre heureux vos proches. N’est ce pas finalement ce qu’ils souhaitent ?

Quelle a été la plus grosse difficulté pour toi sur ton projet ?

Je n’ai pas réellement connu de difficulté jusqu’à présent. J’avais en effet les économies nécessaires à l’achat de mon atelier et des outils de bases ainsi que pour payer ma formation à venir.

Ayant maintenant tout dépensé, le plus dur sera d’être rentable sur la durée. Ici, la clé du succès, et c’est là mon conseil, est de réduire ses dépenses ! Aujourd’hui dans la campagne des Côtes d’Armor, je n’ai besoin que de 500€ par moi pour payer mon loyer et mon alimentation. La rentabilité est dans ce cas plus facile à atteindre !

Et maintenant, c’est quoi la suite ?

Dans un premier temps, la suite va être de partir à la découverte de la Bretagne à vélo. Ensuite je veux développer la partie atelier avec des montages de vélos personnalisés à prix coûtant + prix libre.

Enfin, je vais également lancer des prestations de conseils autour des questions du montage vélo (accompagnement personnalisé de votre projet) et de la transition professionnelle (aide à la prise de décision dans les choix que vous aurez à faire).

Merci de m’avoir reçu et à très bientôt sur les routes de la transition !

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