Un voyage à vélo seule de la France au Japon : Interview de Cloé

Un voyage à vélo seule de la France au Japon : Interview de Cloé

Rien ne prédestinait Cloé à parcourir l’Europe et l’Asie à vélo depuis la France. Un départ vers l’inconnu comme une soif de liberté et de rencontres. Découvrez son voyage à vélo seule jusqu’aux confins de l’Asie !

Bonjour Cloé! Peux-tu te présenter ?

Je suis Cloé, après avoir validée une licence en architecture, j’ai décidé de partir apprendre différemment en me confrontant au monde et à sa diversité.

En octobre 2017, alors âgée de 22 ans, je suis partie en voyage seule. Mon projet fût le suivant : seule et à vélo, ralier la France, le pays de ma mère, jusqu’au Japon, le pays de mon père.

Après plus de deux ans de voyage, ayant traversé entre autre, les Balkans, la Turquie, l’Iran, l’Inde, la Thailande, me voilà arrivée au Cambodge.

Est-ce que ce voyage à vélo est ton premier ?

Oui ! J’avais alors 22 ans, et forte d’une expérience d’un premier voyage en solo de 6 mois en Inde à l’âge de 18 ans (sans vélo !). C’est donc sans grandes appréhensions, mais surtout avec une grande détermination, que je fis mes premiers coups de pédale vers l’inconnu.

Pour être honnête, j’avais peu d’appréhension du fait de la douceur et du temps d’adaptation que procure le vélo. Je débutais en France, longeant la Loire sur une piste cyclable. Un pays connu, un parcours facile pour se mettre en jambes. N’ayant jamais voyagé à vélo auparavant, j’étais ignorante des difficultés mais aussi des beautés que cela pouvait procurer, je voulais juste essayer.

Combien de temps es-tu partie ?

J’étais emprunte de cette naïveté qui caractérise la jeunesse  et qui pousse à tout quitter pour explorer. Alors, sans plus de questions, je suis montée en selle criant à ma famille  « À bientôt ! A dans deux ans… Ou dans deux jours ! ». 

Cela fait maintenant plus de deux ans que je suis partie…

Quel est le budget de ce voyage à vélo jusqu’au Japon ?

Je n’avais pas de budget fixe et prédéfini. J’avais travaillé en parallèle de mes études d’architecture pour financer mon voyage, avec une petite somme de 5000€. Et de manière générale, voyager à vélo me coûte beaucoup moins cher que de vivre le style de vie d’une étudiante nantaise. En Thaïlande, j’ai vécu un mois en dépensant moins de 3€ par jour.

Comment as-tu défini ton itinéraire vélo ?

Avec finalement peu de préparation, mon itinéraire n’était au départ que de grandes idées de lieux à explorer. Je souhaitais longer la côte croate, découvrir la Turquie et la mystérieuse Iran, retourner en Inde mais à vélo cette fois-ci… Le reste a été pure improvisation. C’est en me laissant volontairement une grande flexibilité, que je restais ouvert à l’inattendu, aux surprises, aux rencontres.

Cap à l’Est à vélo

Cette “non planification” volontaire fût ma plus grande des libertés. J’ai pu être ouverte et accueillir toutes les expériences qui se présentaient sur mon chemin. Sans contraintes temporelles, ni géographique, sans itinéraire figé, je me suis peu à peu affranchie des contraintes qui enferme le voyageur classique dans une routine contrôlée. J’étais libre de mon temps, et mon itinéraire se façonnait petit à petit, au fil des rencontres et des envies qui s’affirmaient. Je n’aurais jamais imaginé aller jusqu’au Cambodge par exemple, qui n’est techniquement pas sur la route la plus directe du Japon.

Un itinéraire vélo au gré des envies

J’avais donc cet objectif, d’aller jusqu’au Japon qui a tout d’abord défini la direction d’Est en Ouest de mon voyage. Puis de grandes envies ont émergé, découvrir l’architecture vernaculaire, rencontrer des architectes porteurs de sens, découvrir l’habitat traditionnel d’ethnies singulières,… 

Au jour le jour, mon itinéraire se faisait grâce aux locaux qui m’aguillaient et me conseillaient. Je croisais ces informations avec MapsMe pour obtenir un itinéraire plus précis et parfois tour simplement avec Google Map. 

Je n’ai pas suivi d’itinéraire précis, préétabli, donc je n’ai pas suivi une des routes de la soie, mais suis passée par des pays imprégné de ces anciennes routes, l’Iran, l’Azerbaïdjan,…

Quel pays as-tu préféré parcourir à vélo

Pour son accueil

L’Iran, sans hésitation.

Magique et surprenante, autant que perturbante et dérangeante.

Au cours de deux mois et demi de voyage en Iran, je n’avais jamais connu un accueil aussi chaleureux. De la part de toutes les populations iraniennes, quelle soit Azeris, Farsi, Lors, nomade Kashkai ou Kurde, l’hospitalité fût toujours fabuleuse. L’étranger ici est vu comme un hôte à chérir comme un membre de sa famille. La nouveauté est attrayante et respectée plutôt que crainte. Les Iraniens furent extrêmement hospitaliers, jusqu’à l’extrême où il était très difficile de pouvoir passer une nuit seule dans l’intimité de ma tente. Pour cela, il fallait se cacher, s’éloigner des villages de peur d’être invitée…

Pour ses paysages

La diversité des paysages, des montagnes du Kurdistan, au désert de l’Est en passant par les Monts Zagros entre Shiraz et Isfahan fût exaltante à parcourir à vélo. Il y a une richesse encore méconnue.

Quelle partie du voyage à vélo a été la plus dure ?

Mentalement

La traversée du Nord de l’Inde fût avec du recul la plus difficile. C’est le pays où je suis restée le plus longtemps, 7 mois sur place. C’était très très intense, tant au niveau culturel que physique. J’en garde des souvenirs extrêmement contrastés, magnifiques autant que difficiles. Ce pays est attrayant, il retient, il attise la curiosité… Mais il se mérite aussi, il faut prendre le temps de pouvoir le découvrir de l’intérieur, de vivre avec ses habitants pour en comprendre sa diversité et sa complexité.

Ce fût difficile par moment par l’isolation et la solitude que peut créer un fort décalage culturel. Sur du court terme, ce décalage est recherché, exotique… Sur du long terme il peut devenir clivant et isolant, surtout en tant que femme seule. Mais j’ai aimé cette confrontation !

Physiquement

Au niveau physique, j’avais décidé volontairement de passer par les régions du Nord Est de l’Inde pour aller à la rencontre d’ethnies singulières. Coincée entre la Birmanie, le Népal, la Chine, le Boutan et le Bangladesh, cette région est majoritairement montagneuse. Les paysages splendides se méritaient alors à la force des mollets !

Comment as-tu géré l’eau et la nourriture dans les zones reculées ?

Je stockais dans mes sacoches à l’avance de la nourriture, et de l’eau dans des bouteilles. Je regardais bien sur mes cartes les derniers villages avant ces zones reculées. Mais de manière générale, je me suis peu retrouvée complètement seule et isolée.

Des belles rencontres il y a du en avoir, mais en as-tu une plus marquante que les autres ?

Mes meilleurs moments ? Comment en choisir un parmi la multitude de moments extraordinaires vécus. Avide de beaux paysages, de cultures singulières et de surprises, mes plus beaux moments sont surtout les plus inattendus. Naviguant sans plan prédéfini, je pédale aux plus proches des locaux, qui forcent de conseils, m’aiguillent vers les merveilles de leur pays. C’est ainsi que, je me suis retrouvée en Arunachal Pradesh, un état au Nord Est de l’Inde, peuplé d’une trentaine d’ethnies. Là-bas, j’ai vécu intensément, entre la difficulté des routes de l’Himalaya et la chaleureusement hospitalité des tribus, chaque jour était extrême. 

Une journée de pluie, de routes boueuses et de côtes ardues, se terminait dans un mariage Donyi Polo, la religion animiste de la tribu Galo. Sans rien attendre, les surprises viennent à nous. Et voilà que l’on passe de la solitude dans la boue à des danses autour du feu dans une belle maison de bambou. Un verre de d’alcool de riz pour nous réchauffer le corps et des chants pour nous réchauffer le cœur.

Voyager à vélo seule en étant une femme peut paraître impressionnant, ton avis ?

« Toute seule ? »  « Tu n’as pas peur ? ». Voilà les deux questions les plus posées dans les 18 pays traversées jusqu’à présent. Avant même de s’interroger sur ma nationalité ou mon prénom, les pupilles des locaux s’écarquillent, les mâchoires se décrochent, peu comprennent les motivations qui m’animent. 

« Mais peur de quoi ? » leur réponds-je  avec aplomb.

Les discours de locaux, cloitrés derrière leur télévision ou derrière leur journal sont toujours alarmants. Le monde serait « dangereux, empli d’insécurité », etc. Sauf que si l’on sort de sa bulle, que l’on s’y frotte, s’y confronte, à ce monde si « effrayant », on se rend rapidement compte que la réalité est toute autre. On découvre un monde imprégné de bonté et d’hospitalité. 

Niveau sécurité, comment as-tu géré ?

Bien loin de ma naïveté du départ, je suis absolument consciente que ce monde est loin d’être un paradis terrestre. C’est ainsi, qu’en me mettant en sécurité, je m’assure d’en apprécier les bons côtés. En Inde par exemple, je me suis imposée quelques règles : ne pas pédaler dès la tombée de la nuit et ne pas camper seule. Donc, une heure avant le crépuscule, je m’arrêtais, à la recherche d’une famille bienveillante pour m’accueillir. En restant proche des femmes et des enfants, quand tout le village sait que je suis dans cette maison pour la nuit… De quoi avoir peur ? C’est en se rapprochant des locaux que l’on forme sa protection.

Des conseils aux femmes qui veulent partir seules à vélo ?

Alors, je dirais à ces femmes qui se posent la question de voyager seule à vélo de justement arrêter de se poser des questions et d’y aller ! 

Il n’y a pas de peur à avoir. Si l’on est confiante dans ce que l’on entreprend, on se sent à sa place, on attire les bonnes situations et les belles rencontres. Voyager seule et à vélo est en réalité extrêmement simple, bien plus simple que l’auto-stop ou le bus. On décide de son propre rythme, on ne suit pas, on agit selon nous-même. Alors je vous dirais d’expérimenter par vous-même. En toute simplicité, enfourchez votre vélo, pédalez, et explorez !

Avec le covid, tu es rentrée en France ?

J’ai vécu au Cambodge, par hasard, presque un an. Encore une preuve que rien ne sert d’avoir de plans figés, puisqu’ils ont de toutes façons vocation à évoluer. J’y ai passé une bonne partie de la crise du Covid-19. Néanmoins, mon retour a été anticipé par de tristes bouleversents familaux.

J’ai donc laissé mon vélo et les sacoches au Cambodge et suis rentrée en France il y a quelques semaines.

Et maintenant, c’est quoi la suite pour toi ?

La suite ? Comme pour beaucoup elle est très incertaine et ouverte à de multiples possibilités ! Je suis maintenant en France, avec l’envie de renouer avec l’architecture, mon domaine de prédilection. La suite s’imaginera dans quelques mois, peut-être un retour en selle au Cambodge pour pédaler jusqu’au Japon, peut-être tout autre chose !…

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